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Les départs de course ne sont jamais pareils

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Ah oui ! Les départs de grandes courses océaniques sont toujours différents et curieusement, sur la course « La Route Rimouski Anticosti 2011 » dont nous prenions le départ le 10 juillet dernier, mon esprit s’égare dans les souvenirs de précédents départs. Mais pour l’instant il est préférable que je me concentre sur celui que l’équipage du Océan Phénix prendra dans moins d’une dizaine de minutes. Mon équipage au nombre de treize s’affaire aux nombreuses manoeuvres tant sur le pont avant qu’au cockpit. Mon ami Walter barre pendant que je coordonne les onze autres équipiers. La tâche de hisser la grand-voile sur le grand mât de 29 mètres implique six d’entre eux : Sonia et Manon aux bastaques, Michel à l’écoute de grand-voile, Marc à la drisse, Philippe et Christian au
moulin à café.

Vite ! Le premier signal du départ devrait se faire entendre dans quelques minutes au plus. Je vous dis, que ça mouline en grand ! Pendant ce temps, tout en tentant de reconnaître la ligne de départ qui se situe entre une petite bouée gonflable orange du côté du large et le bateau comité plus près de la côte, je discute avec le barreur de la stratégie à retenir lors de notre départ. Le vent semble léger près du bateau comité, donc nous devrons traverser la ligne en arrivant du large.

---- Go ! Go ! les gars, ç’est pas le temps de traîner, il ne reste plus que vingt-cinq pieds à hisser et puis après vous bordez cette grand-voile.

La cadence ralentit. Philippe et Christian commencent à s’essouffler. Sébastien et Michel les remplacent. Le rendement est meilleur. Je dicte les ordres à un rythme qui crée une pression bénéfique tout autant qu’une ambiance survoltée.

---- Il faut choquer l’écoute de la GV et aussi la bastaque tribord

Pendant ce temps Martin, Pierre, Sébastien et Dave commencent à hisser la voile avant. Sonia au cockpit doit récupérer la drisse de génois en plus de s’occuper de la bastaque, Manon à bâbord prépare les écoutes et les bras du spinnaker tandis que je m’occupe des autres cordages sur tribord. Walter demande à Marc de se concentrer sur le chrono, le signal sonore se fait entendre depuis le bateau comité.

--- C’est le départ dans cinq minutes ! que je crie en gesticulant.

Tous les regards se dirigent en tête de mât, la têtière de la voile avant arrive tout en haut en même temps que celle de la GV. Walter a la barre bien en main, le Océan Phénix est le plus grand voilier de la flotte, le plus rapide et par le fait même le plus handicapé ; i.e. que nous devons créditer du temps à tous les autres voiliers participants, même que nous devons accorder vingt minutes par heure écoulée à nos plus proches concurrents. Les équipiers bordent les deux voiles, le voilier gîte à dix degrés et accélère en direction de la bouée orange ; l’indicateur de vitesse inscrit six, sept, huit et dix noeuds au moment où nous contournons la bouée en simulant le départ.

--- Paré à virer ?

Sans attendre leur réponse, je lance un regard à mon barreur et sans attendre je crie

--- Faut virer !

Car le voilier classe 40 Bleu se pointe devant notre étrave. Walter donne le coup de barre, le voilier monte face au vent, les voiles faseyent et c’est le branle-bas général à bord ; Sonia borde la bastaque bâbord tandis que Manon relâche celle qui retient momentanément la grand-voile sous le vent, la voile se charge de vent et les lattes se replient dans un claquement sec accompagné d’une brève vibration du gréement. L’écoute de génois est relâchée, pendant que les gars moulinent l’écoute qui tend la voile avant.

---- Deux minutes avant le départ ! martèle Marc d’un ton rassurant.

Il est grand temps. Tout l’équipage commence à se réchauffer, les esprits se préparent déjà pour les deux derniers virements et puis ce sera le départ. Nous zigzaguons au travers des huit autres voiliers de la flotte. C’est le dernier bord vers la ligne, nous devons nous imposer, engager notre approche tribord amure afin de conserver notre priorité. Nous allons pas mal plus vite que les autres voiliers plus petits et plus lents. Nous devons trouver, même créer l’espace qui permettra à notre bolide de 65 pieds de longueur et de 18 pieds de largeur de se faufiler à la seconde près jusqu’à la ligne de départ. Le Océan Phénix est lancé, nous ne pouvons plus l’arrêter, il faut tourner et contourner la marque de départ. Sarah Priscila attire notre attention, il n’a d’autre choix que nous céder le passage car nous sommes prioritaires, nous le croisons à quelques mètres de distance et puis il nous faut contourner la marque de départ. Encore une fois c’est le branle-bas de combat pour le virement de bord. L’intensité se fait de plus en plus grande. La poussée d’adrénaline est palpable à bord. Je dicte les ordres en observant Marc qui ne lâche pas son chrono des yeux tout en récitant à haute voix le décompte des secondes qui nous séparent encore du départ.

---- Cinq, quatre trois, deux ,un, lance-t-il en levant le poing en l’air.

Il est top chrono. Au même instant le klaxon confirme que la course débute. Deux secondes à peine s’écoulent avant que l’étrave de notre coursier croise la ligne imaginaire.

---- Hourrah ! Nous sommes les premiers, s’exclame mon équipage.

---- C’est beau ! Il faut installer le spinnaker sur bâbord. Il faut être prêt à le lancer dans trois à quatre minutes et puis il faudra affaler la voile avant sans tarder.

Je commande ainsi en arpentant le pont et en vérifiant que tout soit à poste. Walter annonce qu’il devra virer dans moins d’une minute. Les gars n’ont pas encore eu le temps de souffler qu’il faut déjà virer et hisser le spi. Il faut s’y faire, il reste encore cinq marques de parcours à contourner avant de tirer un grand bord en direction de l’est de l’île d’Anticosti et de franchir les 650 milles nautiques de cette belle course.

 

Hourrah ! Nous sommes les premiers, s’exclame mon équipage.
Hourrah ! Nous sommes les premiers, s’exclame mon équipage.

Nous sommes enfin partis, à présent je me permets de revivre en pensée le samedi 9 novembre, journée du départ de la reine des transats : « La Route du Rhum 2002 ». Il y a quelques instants je prenais un départ avec un équipage de treize tandis que cette fois-là j’étais en solitaire. Ça se passait ainsi.

Pour nous rendre sur l’aire de départ, nous empruntons l’écluse très tôt le matin vers les sept heures et, comble de malchance, l’éclusage s’effectue par grands vents. Je suis accompagné de mes préparateurs et de quelques Bretons qui nous escortent en canot pneumatique ; ils assureront le retour de ma gang. Nous dirigeons le voilier vers la zone de départ qui est assez éloignée, tout près de la pointe de Cancale. La météo a déjà commencé à sévir. Cela me désappointe, car je n’ai pas encore réussi à ajuster les cordages des prises de ris, pour la nouvelle grand-voile livrée à la dernière minute. Donc, je n’ai nul autre choix que de procéder à ces ajustements. Philippe dirige Océan vers la zone de départ, tandis que moi, à cheval sur la bôme, je tente de nouer les cordages sous les nombreuses épaisseurs du tissu de cette voile. Trop souvent, l’extrémité de la bôme trace un sillon dans l’eau lorsqu’elle effleure la crête des vagues. À chaque reprise je trempe à l’eau, je me cramponne du mieux que je peux afin de ne pas être entraîné à la mer. Lorsque je termine cette corvée, je suis complètement détrempé… et dire que je m’embarque pour tout près de
trois semaines.

L’attente est longue, surtout qu’un fort clapot fait danser allègrement les nombreux voiliers et canots qui circulent en tous sens. Cette journée-ci, près d’une quarantaine de voiliers monocoques prennent le départ de la course. Un imprévu nous retarde. Le canot qui doit récupérer mes préparateurs tarde à nous retrouver parmi toute cette circulation et il faut absolument que tous quittent le voilier, au moins quatre minutes, avant le signal de départ.

Le temps presse, sinon je ne pourrai pas prendre ce départ, tant et aussi longtemps que le comité de course, ne l’aura à nouveau autorisé. Finalement, ils quittent à temps, mais c’est avec l’aide du canot d’une autre équipe d’assistance. Le canot navigue en parallèle avec mon voilier. Souvent, il surplombe les filières et d’autres fois, il se retrouve tout à côté comme dans un précipice. Le pilote du pneumatique s’y connaît et réussit à tenir une vitesse égale au voilier. Mes gars doivent sauter un à un au fond du canot, lorsqu’ils en trouvent le courage et que la position de celui-ci le permet. Dominique, nous l’avons poussé : apeuré il ne se décidait pas à sauter. Nous ne lui avons pas laissé le choix. Merde ! Ils ont oublié les sandwichs. J’en conserve deux et je lance les autres. Le lunch voltige dans les airs et atterrit tout au fond de leur canot.

Je n’ai eu que très peu de temps pour me concentrer sur le départ. Mon chrono est précis, je réussis à me positionner en plein milieu de la ligne de départ, entre le gros navire de guerre gris et la bouée gonflée, jaune. Le signal est donné et me voilà parti pour 4,400 milles nautiques.

Le tout débute avec des conditions météo musclées comme seule la Manche sait en procurer. Je me débrouille bien dans ce genre de conditions et à l’instant, plus particulièrement, j’use de prudence. Je suis entouré de mes concurrents. À moins de douze mètres sur mon bâbord, il y a Kingfisher, encore plus près sur tribord se trouve Sill qui m’exaspère avec ses barres de flèches thoniers et Ecover qui me colle au cul. Durant plus de trois-quarts d’heure, je navigue à plus de vingt-deux noeuds contre les meilleurs coureurs au monde, je maintiens le rythme effréné des tout nouveaux prototypes. J’en suis assez fier, j’endure l’inconfort de mes vêtements mouillés, car je ne veux pas manquer une seule seconde de ce que je vis. Les skippers Ellen et Bilou ne réussissent pas à me distancer, ils me signifient leur étonnement par des mimiques approbatrices. Je suis de leur calibre et ils en sont estomaqués… j’ai quand même à l’esprit que je devrai encore naviguer au moins une vingtaine de jours avant de voir les palmiers de la Guadeloupe…

Durant plus de trois-quarts d’heure, je navigue à plus de vingt-deux noeuds contre les meilleurs coureurs au monde, je maintiens le rythme effréné des tout nouveaux prototypes.
Durant plus de trois-quarts d’heure, je navigue à plus de vingt-deux noeuds contre les meilleurs coureurs au monde, je maintiens le rythme effréné des tout
nouveaux prototypes.

Le tout débute avec des conditions météo musclées comme seule la Manche sait en procurer. Je me débrouille bien dans ce genre de conditions et à l’instant, plus particulièrement, j’use de prudence. Je suis entouré de mes concurrents. À moins de douze mètres sur mon bâbord, il y a Kingfisher, encore plus près sur tribord se trouve Sill qui m’exaspère avec ses barres de flèches thoniers et Ecover qui me colle au cul. Durant plus de trois-quarts d’heure, je navigue contre les meilleurs, je maintiens le rythme effréné des tout nouveaux prototypes. J’en suis assez fier, j’endure l’inconfort de mes vêtements mouillés, car je ne veux pas manquer une seule seconde de ce que je vis. Les skippers Ellen et Bilou ne réussissent pas à me distancer, ils me signifient leur étonnement par des mimiques approbatrices. Je suis de leur calibre et ils en sont estomaqués… j’ai quand même à l’esprit que je devrai encore parcourir 4,400 milles nautiques avant de voir les palmiers de la Guadeloupe…

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Suivait ensuite la qualification pour la Transat Jacques Fabre 2003 entre la Guadeloupe et les Bermudes, laquelle je faisais avec Marc mon co-équipier. Mais ce qui me revient à la mémoire, c’est ce 1 novembre 2003 où nous avons vécu un départ inoubliable que je revis à chaque fois comme si ça se déroulait au présent.

La barre en main, l’index en attente sur le chrono, il active le compte à rebours à l’instant précis et verbalise dans un vocabulaire on ne peut plus explicite.

— Top chrono ! Dix minutes avant le départ.

Je n’ai rien à ajouter à cette expression familière pour nous les coureurs, je considère quand même que nous sommes un peu trop loin de la ligne de départ et que l’importance d’être parmi les premiers monocoques qui traverseront la ligne aura un petit quelque chose de motivant qui piquera notre fierté.

J’incite donc mon barreur à garder le cap sur lequel il barre présentement.

— Fonce dans la flotte sans tarder. Tu vas bien !

— Nous voilà les copains ! On arrive, ça me plaît !

Nous sommes gonflés à bloc. Nous naviguons à vive allure en direction de l’action, un grand stress se fait sentir à bord du voilier. Marc, en s’avançant, me tend la barre.

— Voilà la barre, c’est à toi de barrer, c’est ton voilier.

— Non ! Non ! Tu barres, tu le fais très bien ! Je m’occupe des manoeuvres. Le sourire fendu jusqu’aux oreilles, je mets ainsi fin à la discussion.

— Concentrons-nous. Je prendrai la barre à l’arrivée.

Recommandation inutile en ce qui concerne Marc, il ne semble même pas avoir saisi mon allusion, cela n’a pas d’importance dans un moment aussi intense que celui que nous vivons présentement. J’aurai amplement le temps de le lui rappeler. Un second signal sonore retentit, accompagné en bruit de fond par une forte voix sur la radio VHF qui annonce :

— Cinq minutes avant le départ !

L’étau se referme, les espaces libres pour se rapprocher de la ligne de départ se font de plus en plus rares. Nous naviguons sous voiles réduites, les réservoirs ne sont pas ballastés pour nous permettre d’improviser les virements de bord ; cela minimise ainsi les grands risques d’abordage car maintenant, tous les voiliers convergent vers une même direction.

— Une minute avant le départ ! fait entendre l’officiel sur les ondes.

La tension atteint son paroxysme. Les écoutes en main, je réussis à me déplacer de tribord à bâbord, en me penchant, j’observe les alentours sous la bordure de la voile avant et informe mon barreur des faits et gestes des concurrents qui tentent de nous intimider en se braquant sur notre route. Nous sommes spectateurs et acteurs d’un départ agressif où les équipages semblent être plus audacieux les uns que les autres. Nous sommes tribord amures, donc prioritaires. Toujours la voix à la radio qui ajoute à l’intensité en égrenant les secondes une à une.

— Dix, neuf, huit…

Les yeux rivés sur la ligne, le moment est venu.

— O.K. Marc ! Fonce, on y va, c’est le temps !

Il tient fermement la barre, il abat tribord amures, le vent arrive maintenant par le travers, je choque les écoutes et le voilier « Ciment St-Laurent Océan » s’élance à très grande vitesse vers la ligne de départ. Le décompte se poursuit.

— …trois, deux, un.

Le drapeau rouge est levé.

— C’est le départ ! Bonne course !

La voix se tait, ce qui signifie qu’aucun voilier n’a passé la ligne avant le puissant signal sonore émis par la sirène du navire de guerre.

Le 1er novembre 2003, nous prenons un superbe départ à la transat en double « Jacques Vabre 2003 ».
Le 1er novembre 2003, nous prenons un superbe départ à la transat en double « Jacques Vabre 2003 ».

Nous ne sommes qu’à une seconde de passer la ligne, les vagues roulent en tous sens. Le spectacle est sublime et inquiétant à la fois. Sur notre droite, le puissant voilier Virbac bord à bord avec Sill fonce dans notre direction tandis que nous sommes poursuivis par une dizaine d’autres monocoques. L’écart qui nous sépare des premiers sur notre droite diminue, nous n’apercevons que leurs coques gîtées, les équipages restent invisibles. Est-ce qu’ils nous voient ? Nous espérons que notre mât leur annonce notre présence. J’aperçois enfin le visage d’un skipper qui émerge au-dessus du franc-bord, il a l’air effaré. J’entends les ordres se transmettre à voix forte sur Virbac, quelques secondes suffisent pour virer, son étrave émerge de la vague et retombe brutalement, sa coque s’aligne parallèlement à notre course. Les voiles de ceux que nous obligeons à virer, parce que nous sommes prioritaires, claquent violemment au vent. Ils sont tellement proches que nos tympans en vibrent. Ce qui est bien, c’est qu’ils sont à une longueur de coque derrière nous. C’est peu, mais ça fait plaisir de les voir derrière plutôt que devant.

Sans l’ombre d’un doute, nous devançons la plupart de nos concurrents. Sommesnous les premiers ? Je n’en suis pas certain. Marc est très satisfait, il a un sourire indélébile. Pour ma part, je suis plutôt concentré à ajuster la voilure ; ils sont tous derrière nous, ils avancent à une vitesse similaire à la nôtre, ils ne peuvent pas nous nuire et pas question pour nous de ralentir.

J’ai plus souvent qu’autrement l’habitude de dire que c’est en avant que ça se passe mais cette fois-ci, je suis tellement fier de notre performance que je me récompense en les observant tous, par derrière. Ces superbes voiliers nous poursuivent, gîtés sous la puissance de leurs voilures ; le tableau qui se dresse meublera à jamais mon esprit. La zone réservée n’est plus respectée, en quelques minutes elle devient encombrée par toutes les embarcations de plaisance qui se mêlent à la flotte des voiliers de la course, sans oublier les gros traversiers bondés de spectateurs soucieux de ne rien manquer du spectacle du départ de la « Transat Jacques Vabre 2003


Tout comme je me rappelle le 22 juillet 2008 lors du départ de la Transat Québec /Saint- Malo 2008, dans des conditions de calme plat.

Nul doute, l’été est bel et bien arrivé. Ce jour du départ de la transat Québec-St-Malo le confirme. En effet, nos craintes étaient fondées, ce fut une trop belle journée avec des vents faiblards pour le départ d’une course aussi importante. Tout comme nous, les spectateurs ont du avoir très chaud, ils auraient eu besoin de vent pour se rafraîchir et nous pour partir en vitesse. Cependant, pour nous, ce qui importe, c’est que nous sommes enfin partis.

Ce départ n’a rien de comparable avec les départs des trois autres éditions précédentes où à chaque fois, le vent se levait avant les signaux préparatoires. Il n’a rien à voir non plus avec les départs d’autres grandes courses que j’ai eu la chance de prendre, Tous les voiliers de toutes classes confondues s’approchent de la ligne afin d’évaluer la force et la direction du courant et la dérive de celui-ci. Les voiliers de la Classe 40 partent à 11 :00hres et les autres à 11 :30hres. Le vent est presque nul. Nous devons calculer notre dérive afin de ne pas dépasser la ligne avant le signal de départ. C’est tout un casse-tête car si nous passions la ligne prématurément, même si ce n’était que d’une seconde, nous devrions nous reprendre pour que notre départ soit accepté par l’officiel de la course.

C’est un moment stressant. 10,9.8.7.6.5.4.3.2.1….Partez!
C’est un moment stressant. 10,9.8.7.6.5.4.3.2.1….Partez!

Le départ du voilier Port de Québec est réussi. À nous maintenant de rattraper ceux qui sont partis les premiers. Ça risque d’être long car tous les voiliers dérivent à la vitesse du courant de la marée descendante. Tout au cours de l’après-midi, c’est à chacun son tour de passer en avant ou en arrière de l’autre. Toute la journée, pour tous, il y a de nombreuses petites victoires, mais nous avons un problème de taille, notre voile avant est de trop petite dimension, elle manque de superficie; ça nous prendrait un gennaker comme tous les autres concurrents. L’heure du souper approche, les voiliers glissent (dérivent) à plat et toute ma bande se porte bien, l’humeur est au beau fixe. C’est un temps idéal pour bouffer et nous prenons notre repas au cockpit, c’est tout comme si nous étions sur une terrasse dans les pays chauds à siroter un pina colada, mais hélas, sans aucun palmier pour nous cacher des brûlants rayons du soleil.

Cependant, j’ai constaté que la consommation d’eau dépassait les prévisions. Les équipiers en ingurgitent un peu trop et je profite de l’occasion pour faire appel à la modération. Je ne suis pas encore obligé de nommer un ministre responsable de la récupération de l’eau de pluie ni à la recherche d’un sorcier, mais il vaut mieux être prévoyant et ne pas devoir ramasser l’eau qui dégoulinerait de la grand-voile. Ce qui devait arriver, arriva et tel que les prévisions météo l’annonçaient, le vent nord-est nous arriva comme un quêteux juste avant minuit. Cela nous permit de semer notre concurrent et de prendre la traverse Saint-Roch.

Il ne nous reste que quelques heures pour nous faufiler dans cet étroit passage où le voilier Port de Québec et son équipage refoulent un courant montant de 5 noeuds. Il nous aurait fallu une heure de plus et nous n’aurions pas été incommodés par ce fichu courant dont la réputation ne se dément pas.

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