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Les bancs de Terre-Neuve

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29 juillet 2012

Les bancs de Terre-Neuve

Les bancs, ce sont ces hauts-fonds situés au sud et à l'est de Terre-Neuve. Ils s'étendent sur environ quatre cents milles au sud et tout autant à l'est de l'île. À mon avis, ils sont parmi les lieux marins les plus inhospitaliers.

Pour ma part, je les ai traversés des dizaines de fois, soit en solitaire, soit en équipage. À chaque occasion, c'était différent pour les conditions de vent, mais semblables pour la température : du froid, de l’humidité, du brouillard et de la houle. De plus, ils sont le passage par excellence des dépressions petites ou grandes. Ils savent éprouver les marins qui s'y aventurent, si les conditions de navigation étaient toutes comme celles des bancs, ça freinerait l’ardeur de beaucoup de navigateurs.

Je les ai connus imprévisibles, en 1996, sur ma première transat Québc-St-Malo, nous avions été encalminés pendant plus de deux jours. Certains membres de mon équipage voulaient faire demi-tour, convaincus que nous n’avions aucune chance d’arriver à St-Malo dans les temps. Étant le skipper je leur répondis ceci: « Notre destination est St-Malo et nous nous y rendrons ». En 1998, j'y ai affronté l'ouragan Danielle qui, selon les prévisions, n'était pas supposé venir rôder autour de ces fameux bancs. Ce n'est que 250 milles plus loin que le THRILLER, un voilier de 45 pieds, a connu son funeste destin. Il repose depuis ce temps à 6688 mètres de profondeur. J'y ai aussi traversé quelques tempêtes à l'aller ou au retour de l'Europe tout comme j’y ai rencontré des mers d'huile.

Jeudi soir dernier, l'OCÉAN PHÉNIX naviguait dans la partie des bancs appartenant à la France. À une cinquantaine de milles de St-Pierre-et-Miquelon, nous naviguions sous grand-voile haute et spinnaker afin de contourner l'île de St-Pierre que nous devions laisser sur notre tribord. Nous avons dû affaler en vitesse afin de s'ajuster aux grands vents que nous souffle un front froid, phénomène apportant généralement de grands vents mais tout à fait habituel dans cette région du globe. Cette dernière marque de parcours accomplie, nous poursuivons notre route en direction de St-Malo, en continuant vers cap Race au sud-est de Terre-Neuve.

Le matin nous amène un début de journée ensoleillée, l'humeur de mon équipage est à son meilleur. On en profite pour faire sécher les cirés. Il y en a partout. On dirait une vente de garage, mais pas de clients pour évaluer la marchandise. Trop cher? Peut-être. Trop humide? Sûrement. De plus, si par hasard, on croisait un client dans les parages, ça voudrait dire qu’on est restés trop longtemps sur les bancs et que ça a affecté notre jugement.

Cap Race par le travers, Michel, notre responsable météo du bord, nous annonce des jours à venir pluvieux et venteux. En fait, une couple de dépressions se pointent le nez et pourraient éventuellement nous fournir des vents favorables si nous réussissions à les aborder par leur sud. Comme tout bon météorologue, les prévisions de Michel lorsqu'il s'agit de mauvais temps s'avèrent toujours vraies. Depuis que le soleil a fait place aux nuages, les embruns balaient le pont de l'OCÉAN PHÉNIX. L'équipage se fait brasser mais le bateau avance bien, alors pas de problèmes. Encore un à deux jours à goûter à cette médecine, alors nous devons prendre notre mal en patience.

Définition d'un équipement de sécurité à bord du OCÉAN PHÉNIX. Balise Cospas-Sarsat: Dispositif de secours émettant des ondes satellites captées par les secours internationaux leur indiquant la position selon la latitude et la longitude du bateau en danger.