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Ce matin c'est le départ

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22 juillet 2012

Ce matin c'est le départ

Participer à une course océanique telle que la transat Québec Saint-Malo c’est du sérieux, les exigences en ce qui a trait à la sécurité sont nombreuses, les différents contrôles précédant l’obtention du droit de prendre le départ demandent une note parfaite et le Océan Phénix l’a obtenue.Il est intéressant de voir autant de voiliers rassemblés dans cette portion du port où habituellement les promeneurs observent à loisir les luxueux méga-yachts, synonyme d’opulence. Mais, pour cinq jours encore, ce sont les coursiers en attente du départ de la course qui piquent leur curiosité. Les coques décorées des couleurs de leurs partenaires, entassées les unes contre les autres, les mâts pointant vers le ciel font rêver  les jeunes et les moins jeunes; ils s’imaginent l’aventure qu’ils aimeraient vivre et la hantise qui attire les équipages vers le large. Plus près de l’écluse, ce qui les attirent tel un aimant, c’est le plus grand mât, celui du Océan Phénix et sa longue coque noire zébrée de bandes bleues. C’est aussi l’agitation qui règne à son bord, sur son pont, tout ce brouhaha qui ne cesse de les étonner et de les captiver un long moment.

Les équipiers s’affairent comme des abeilles dans une ruche, ils vont et viennent les bras chargés, les uns installent encore des cordages, vérifient les dernières voiles à embarquer dans la soute avant, ou alors l’action se déroule au cockpit où se font entendre les grincements des winches, les gémissements des cordages et les efforts des deux équipiers Philippe et Michel qui moulinent et suent à grosses gouttes afin de hisser Sébastien tout en haut du mât.  Puis, tous les regards se portent instinctivement vers la tête du mât, il ne reste que deux mètres avant qu’il n’y soit pour vérifier l’anémomètre et le gréement. Même si je suis au courant de ce qui se passe à l’extérieur, je tiens à voir comment ça se déroule et je m’empresse de les rejoindre sur le pont. Dès que je me pointe le nez dehors, sans tarder, les gens me lancent la question d’usage.

Mon équipage au nombre de onze s’affaire aux nombreuses manœuvres tant sur le pont avant qu’au cockpit. Je barre et Walter mon second coordonne les dix autres équipiers. La tâche de hisser la grand-voile sur le grand mât de 29 mètres implique six d’entre eux : Sonia et Manon aux bastaques, Michel à l’écoute de grand-voile, Marc à la drisse, Philippe et René au moulin à café.Voilà la question que j’entends au moins une centaine de fois par jour, et ce depuis une dizaine de jours. À chaque occasion où je dois parcourir le site de la Transat, aller au PC course ou tout bonnement jaser et serrer des mains, j’ai droit au "Skipper Georges, êtes-vous prêt ?" Ça me fait bien rigoler. Je prends cela comme un encouragement et j’ai bien hâte de pouvoir leur répondre : Oui, nous sommes fin prêts.

Vite! Le premier signal du départ devrait se faire entendre dans quelques minutes tout au plus. Je vous assure que ça mouline en grand ! Pendant ce temps, tout en tentant de reconnaître la ligne de départ qui se situe entre la bouée verte du côté sud et l’extrémité du quai du côté de la promenade Samuel de Champlain, je discute avec mon second de la stratégie à retenir lors de notre départ. Le vent semble léger près du quai, nous devrons donc traverser la ligne en arrivant en puissance sur tribord amure.
Continuez à me questionner, à me faire entendre la phrase magique à laquelle mon équipage a bien hâte que je réponde par un oui. Venez et revenez visiter le site de la Transat, nous apprécions l’ambiance que vous créez autour de nos voiliers. Ne perdez pas de temps, nous partons dans moins de cinq jours.
 
Go ! Go ! les gars, c’est pas le temps de traîner, il ne reste plus que vingt-cinq pieds à hisser et puis après, vous borderez cette grand-voile.

La cadence ralentit. Philippe et René commencent à s’essouffler. Sébastien et Michel les remplacent. Le rendement est de nouveau au maximum. Je dicte les ordres à un rythme qui crée une pression bénéfique tout autant qu’une ambiance survoltée.

Il faut choquer l’écoute de la grand-voile et aussi la bastaque tribord.

Pendant ce temps, Martin, Pierre, Sébastien et Dave commencent à hisser la voile avant. Sonia au cockpit doit récupérer la drisse de génois en plus de s’occuper de la bastaque, Manon à bâbord prépare les écoutes et les bras du spinnaker tandis que Martin et Pierre s’occupent des autres cordages sur tribord. Walter demande à Marc de se concentrer sur le chrono, le signal sonore se fait entendre depuis le bout du quai.

C’est le départ dans cinq minutes ! que je crie en gesticulant.

Tous les regards se dirigent en tête de mât, la têtière de la voile avant arrive tout en haut en même temps que celle de la grand-voile. J’ai la barre bien en main. Le Océan Phénix est le plus grand voilier monocoque, mais il doit négocier son départ avec l’autre monocoque et les trois multicoques de la classe Open. Les voiliers de la classe 40 sont déjà partis il y a de cela 15 minutes. Les équipiers bordent les deux voiles, le voilier gîte à dix degrés et accélère en direction de la ligne de départ, l’indicateur de vitesse inscrit six, sept, huit, dix nœuds au moment où nous contournons la bouée en simulant le départ.

Paré à virer ? Sans attendre leur réponse, après un regard vers Walter et je lance aussitôt : Faut virer !

Un multicoque se pointe devant notre étrave. Je donne le coup de barre. Le voilier monte face au vent, les voiles faseyent et c’est le branle-bas général à bord. Sonia borde la bastaque bâbord tandis que Manon relâche celle qui retient momentanément la grand-voile sous le vent, la voile se charge de vent et les lattes se replient dans un claquement sec accompagné d’une brève vibration du gréement. L’écoute de génois est relâchée, pendant que les gars moulinent l’écoute qui tend la voile avant.

Deux minutes avant le départ ! annonce Marc d’un ton rassurant.

Tout à coup, le capot d’entrée de mon voilier s’entrouvre et une tête se pointe à l’extérieur pour me ramener au moment présent. J’espère que le départ ce matin sera tout aussi super que celui de mon imagination.

prep-depart