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Une montagne de bouffe

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1 août 2012

Une montagne de bouffe

Sur le voilier OCÉAN PHÉNIX ça travaille dur. À chacune des manœuvres, 6 à 7 équipiers sont sollicités, ce qui les amènent à déployer énormément d'énergie. Étant le skipper de cette bande, je suis fier d'avoir à travailler avec tout ce beau monde.

Cependant, je ne suis pas sans me dire qu'ils puisent leur énergie grâce à une alimentation adéquate. Tout cela a été planifié de main de maître par Sonia et je suis assuré qu'aucun d'entre nous n'arrivera amaigri à St-Malo. Pour cause, 750 repas, des collations, 600 litres d'eau et 35 pains de mer de mon ami Borderon ont été embarqués, ça représente de la planification, de la préparation et une somme importante de boulot. Dans tout bon restaurant, il y a ceux qui préparent la bouffe, ceux qui servent le client et il y a l'espace physique nécessaire. Ici, ça se passe avec un plancher incliné à 25 degrés et dans un coin cuisine de 4 pieds carrés tout compris, sans oublier que nous sommes dans un monde en perpétuel mouvement, pas mal moins stable qu'une navette spatiale avec douze goélands en attente de leur pitance! Nous devons faire la préparation et le service pendant que le voilier navigue dans des vagues désordonnées créant ainsi des situations acrobatiques où la dextérité doit être un atout, sinon le produit va finir sur le plancher salé à l'eau de mer.

Une fois où tout se passe dans le plus grand calme, Sonia remplit les 6 premières gamelles posées sur la table, parce que nous les nourrissons 6 à la fois; i.e. le quart qui remplace mange en premier et l'heure venue, ce sera au quart finissant de manger. Ce qui implique que le tout doit être prêt une demi-heure à l'avance. Peu importe qui profitera de cette bonne bouffe, une fois chaque bol rempli, je leur demande de venir manger. On y est presque lorsqu'au cockpit, sans nous aviser, la décision est prise de border les voiles afin d'accélérer et du même coup, la gîte du OCÉAN PHÉNIX s'accentue. C'est la catastrophe! Nous tentons tant bien que mal de retenir les plats, le ketchup, le pain, le beurre, le lait, c'est peine perdue, ils tombent l’un après l’autre au plancher. Philippe sort la moppe et on recommence. C’est une situation désagréable qu'il vaut mieux ne pas répéter trop souvent, sinon on leur servira une ration comme dans l’armée, ça leur fera apprécier la gastronomie du bord.

Ce matin, le voilier file à une vitesse entre 10 et 14 noeuds, la vague et la gîte sont modérées, ça nous permet d'annoncer au menu: oeufs brouillés, saucisson de Bologne, pain grillé et café. Dans le coin cuisine de 4 pieds carrés toujours, nous sommes deux. J'ai pour mission de tenir d'une main la casserole sur le feu pendant que Sonia casse la douzaine d'oeufs et les tournent jusqu'à ce qu'ils deviennent d'un beau jaune. De l'autre main, je tourne les rôties tout en surveillant la poêle où elle place la viande en continuant à retourner les oeufs. Une fois le tout cuit, elle ferme les réchauds car il fait chaud en "tabarouette" dans notre petite cuisine! Le service peut commencer. Je verse les jus de fruits un à un et leur donne vite fait afin que ce ne soit pas moi qui les renversent. Sonia a déjà rempli les plats et moi je leur file leurs rôties de pain de mer pendant que l'un d'entre eux retient le pot de beurre d'arachides qu'on garde loin de Pierre qui est allergique.

« Vite! Vite! Les gars vous attendent dehors, il est bientôt 6 heures. Eh! J'en veux encore! Y a-t-il encore des rôties? Puis-je avoir du café? Il s'en vient, tous les réchauds sont occupés. Maintenant, allez, il y a la vaisselle à faire. »

C’est une situation qui se vit trois fois par jour pour les repas complets et à cela s'ajoutent la soupe ou les rôties en pleine nuit.

Gamelle: À bord du OCÉAN PHÉNIX, c'est le plat à chien en acier inoxydable muni d'un caoutchouc à la base qui a été retenu pour sa stabilité…