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Sommeil quand tu nous tiens

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Les gens qui découvrent la course au large à la voile en suivant les équipages ont peine à s'imaginer comment la vie se passe à bord d'un voilier de course. Embarquez avec notre équipe pour avoir réponse à toutes vos interrogations.

Leurs questions peuvent parfois faire rigoler ou réfléchir, cependant elles sont légitimes et sont en rapport étroit avec nos besoins vitaux en tant qu'êtres humains. Ces besoins sont nombreux, certains sont primaires comme boire, manger et dormir. On entend souvent ces expressions courantes: mort de fatigue, dormir debout, marcher au radar, brûler la chandelle par les deux bouts, etc… Moi qui ai navigué assez souvent en solitaire, je me suis mérité la réputation de celui qui dort peu, même très peu. C'est vrai qu'en course au large en solo sur la route du Rhum, je dormais lorsque c’était possible sur de courtes périodes de 20 minutes, pas plus, ce qui est primordial au cas où un navire commercial rôderait dans les parages. Du fait que notre vision porte à environ 25 milles nautiques dans des conditions idéales, si, par exemple, un cargo naviguait à 25 noeuds et moi à 12 noeuds en direction inverse, il est hallucinant de penser qu'en moins d'une demi-heure, je pourrais entrer en collision avec ce monstre d'acier qui de plus, pourrait n’avoir aucunement conscience de ma présence.

Photo du matDonc, ne pouvant être vigilant les yeux fermés et l'esprit à OFF, je répartis le sommeil indispensable par 6 à 8 plages de 20 minutes par périodes de 24 heures. Cela représente environ 2 h 20 minutes et des centaines de micro-sommeil.

Avant le départ on m’a dit: "Mais, avec un équipage de 12 personnes, tu vas pouvoir dormir! ".
J'y ai cru. Ça se passe toujours pareil lorsqu'on est le skipper, pour preuve, voici quelques-unes des situations vécues lors de cette journée.

J’avais très peu dormi la nuit précédente et ce qui n’aide en rien, le soleil se lève tôt. La journée débute avec le barreur qui m'avise que nous sommes tout près d'un haut-fond. J'entre à l'intérieur pour me heurter à un équipier qui m'informe que l'énergie est trop basse, il va falloir recharger les batteries. Ces deux inquiétudes derrière nous, je m'assois pour déjeuner et les équipiers réclament que je fasse remplir les réservoirs des ballasts (réservoir dans les murs latéraux pouvant se remplir d'eau pour ainsi contrer la gîte). Ce matin, ça bastonne, l'eau roule sur le pont avant et aussitôt l'alarme est donnée car un filet d'eau s'écoule à la base du mât. Un équipier m'accompagne afin de protéger le chargeur électrique. Le calme revenu, je me verse un café lorsque tout à coup, de l'intérieur nous entendons un BOUM. C'est une sangle de poulie qui vient d'éclater. Vite! Vite! Skipper as-tu un autre ria (un morceau de la poulie)? J'en trouve un et un équipier se met aussitôt à l'oeuvre pour l'installer. Ce nouveau problème réglé, Michel m'attend au centre de navigation car il veut m'informer sur les prévisions de la météo.

C’est  maintenant l’heure du changement de quart, j'en profite pour commencer à écrire ma chronique journalière. J'ai à peine trois ou quatre lignes de rédigées que j'aurais besoin d'un cure-dents pour tenir mes paupières ouvertes. Arrive maintenant l’heure du repas du soir. Ça sent drôlement bon et je n'ai pas la moindre envie de m'abstenir. Sur le moment, je préfère manger plutôt que dormir. Pas le temps de terminer ma ratatouille préparée par Laure, le vent forcit  et je dois aller sur le pont avant pour aider à affaler la voile. C'est comme cela toute la journée.

Et dire qu’on aime ça et qu’on en redemande!

J’aspire à me coucher mais toutes les bannettes sont occupées, tant pis, je m'installe dans le hamac à Sonia dans la soute à voiles. Ça berce en grand tout en suivant les mouvements du voilier. Quel délice! Je m'endors aussitôt pour au moins une heure ou peut-être plus si rien ne se détraque entre-temps ou si le téléphone ne sonne pas.


Transat Jour 5